Il y a longtemps, j'ai composé un nocturne au piano et l'ai baptisé "Murmure d'Amour."
Un jeune, en m'écoutant  jouer, s'en inspira et écrivit un poème qu'il intitula également "Murmure d'Amour." Le temps nous sépara. Je ne le revis plus.
La vie ne me donna plus le temps d'interpréter ce nocturne et, finalement, je l'oubliai.   Il demeura dans l'oubli et ne me revint jamais en mémoire.
La dernière fois que j'ai eu l'occasion de lire le poème "Murmure d'Amour", il était un peu perdu dans mes papiers, je restai un moment pensive, imaginant comment pouvait être ce jeune, aujourd'hui devenu avocat.
Puis, au cours des déplacements que la vie m'imposa, le poème disparut. Il ne me restait aucune version des "Murmures d'Amour", ni nocturne, ni poème, mais le seul souvenir de leur existence d'un moment.
Il y a peu de temps, j'appris que le jeune d'autrefois était décédé de tragique manière.
Souvent, je me surprends à imaginer que le jour où je partirai aussi, si je retrouverai les trois: le nocturne, le poème et le garçon.