| ON A PASSÉ PRÈS DE MON COEUR Roger Brien (Membre de lAcadémie
Canadienne-Française)
On a passé près de mon coeur
Sans rien connaître de sa flamme.
On a passé près de mon coeur.
On a passé près de mon âme,
Sans dire un mot de réconfort.
On a passé près de mon âme.
Mon coeur se plaint, comme un grand port
De va-et-vient de beaux navires.
Qui séternise aux quais dun port?
Tant de vaisseaux pimpants chavirent.
Tant de regards quon ne voit plus
Et dont le feu séteint, chavire!
Mon rêve, à pleine ondée, a plu
Sur lunivers en jets détoiles.
Mon rêve, à pleine ondée, a plu.
Ah! tous ces yeux clairs qui se voilent
Pour ne point voir mon coeur aimer!
Tous ces regards lourds qui se voilent.
Quel est ce vent qui vient fermer
Les gais volets de ma tendresse?
Quel est ce vent qui ma brimé?
On a marché sur mes ivresses,
Ces dunes dor quon nentend pas.
On a fauché tant de jeunesse!
Qua-t-on fait dautre, au cours des âges,
Que dignorer des flots de coeurs
Courant, serrés, vers leur naufrage?
Un jour, le bruit nest plus vainqueur.
Toute clameur cède au silence
Dune pensée aux feux vainqueurs.
Le temps détruit les apparences
Et chaque front paraît enfin
Dans son éclat de transparence.
Les enivrés de joies sans fin,
De fou tumulte et des chairs mortes,
Masquent leur fin dans le satin.
Les seuls grands noms luisent aux portes
Du Panthéon du genre humain.
La paille, un jour, le vent lemporte.
Ah! tous ces morts sur les chemins
Que rien ne peut ravir aux ombres!
Quont-ils bâti de leurs deux mains?
Traqués doubli dans leur pénombre,
Tant de penseurs nauront pas vu
Se lever daube à leur pénombre.
Mais tous leurs rêves entrevus,
La mort les sortira de lombre.
Cest par leurs yeux quun monde a vu.
(Cahiers de LAcadémie
Canadienne-Française) |