MOESTA ET ERRABUNDA (Triste
et vagabonde)Charles Baudelaire
(Né à Paris)
Dis-moi, ton coeur parfois senvole-t-il, Agathe,
Loin du noir océan de limmonde cité,
Vers un autre océan où la splendeur éclate,
Bleu, clair, profond, ainsi que la virginité?
Dis-moi, ton coeur parfois senvole-t-il, Agathe?
La mer, la vaste mer, console nos labeurs!
Quel démon a doté la mer, rauque chanteuse
Quaccompagne limmense orgue des vents grondeurs,
De cette fonction sublime de berceuse?
La mer, la vaste mer, console nos labeurs!
Comme vous êtes loin, paradis parfumé,
Où sous un clair azur tout nest quamour et joie,
Où tout ce que lon aime est digne dêtre aimé,
Où dans la volupté pure le coeur se noie!
Comme vous êtes loin, paradis parfumé!
Mais le vert paradis des amours enfantines,
Les courses, les chansons, les baisers, les bouquets,
Les violons vibrant derrière les collines,
Avec les brocs de vin, le soir, dans les bosquets,
- Mais le vert paradis des amours enfantines,
Linnocent paradis, plein de plaisirs furtifs,
Est-il déjà plus loin que lInde et que la Chine?
Peut-on le rappeler avec des cris plaintifs,
Et lanimer encor dune voix argentine,
Linnocent paradis plein de plaisirs furtifs!
(Voyages en bohème)